Le Petit musée d'Alphonse

dans "Les heures d'été" 
 France 3 Normandie 




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FARCE LEGITIME


Partagez-vous mon opinion ? M'est avis qu'on ne doit faire aux bons serviteurs nulle injure, même légère.
Contre un peu d'or, ces gens nous consacrent tout leur temps ; nous sommes quittes, sans avoir a jeter dans la balance l'appoint des méprisants vocables et des gestes hautains.
D'ailleurs, tenez pour certain que les domestiques nous conservent toujours un chien de leur chienne, et qu'ils savent à miracle, quand il y a lieu, nous retrouver au tournant.
Ecoutez plutôt l'excellente plaisanterie qu'une cuisinière de mes amies (j'entends ainsi que cette cuisinière est une de mes amies et non point qu'elle est la cuisinière d'une de mes amies), qu'une cuisinière de mes amies, dis-je, servit un jour à des patrons injurieux et stupides.
Cette cuisinière, qui s'appelait Clémence, était une brave cuisinière, sachant son métier sur le bout du doigt et, malgré sa nature fougueuse et tendre, parfaitement correct en son service.
Ses patrons se composaient de commerçants bassement nés, louchement enrichis et d'autant plus insolents.
La femelle, surtout, à gifler.
- Clémence ! ne cessait-elle de piailler, Clémence, votre veau marengo est complètement raté.
Muette, Clémence se contentait de hausser les épaules.
- Clémence ! insistait la chipie, votre mouton empoisonne le suif.
Même jeu de la part de Clémence.
Un jour, ce fut à la salade que l'exécrable vieille s'en prit.
- Qu'est-ce que c'est que cette salade ? C'est avec de l'huile à quinquet que vous l'avez accommodée ?
Et à partir de ce moment, Madame n'arrêta pas de hurler après la salade de la pauvre Clémence.
Elle acheta son vinaigre elle-même et son huile pareillement, le vinaigre dans la véritable maison Orléans, et l'huile chez Olive en personne. 
La salade n'obtint pas plus de succès. 
La faute en fut alors aux proportions : il y avait trop d'huile et pas assez de vinaigre.
Ou réciproquement.
La vieille, enfin, décida qu'elle ferait sa salade elle-même.
... A cette époque, Clémence avait pour amant un petit jeune homme fort doux, préparateur de chimie au Collège de France.
Informé des tortures de sa bonne amie, le petit jeune homme fort doux proposa : 
- Veux-tu rigoler ? 
- Je ne demande pas mieux. 
- Bon ... Je t'apporterai de l'huile et du vinaigre dont tu rempliras les fioles ad hoc, un jour où il y aura un grand dîner chez tes singes.
Le petit jeune homme fort doux livra à son amie un vinaigre composé d'un mélange d'acides sulfurique et nitrique.
L'huile se trouva remplacée par de la bonne glycérine, légèrement teintée de jaune.
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 Tous ceux ceux de nos lecteurs qui ont seulement passé deux ou trois ans dans une sérieuse fabrique de dynamite, savent que le mélange des corps ci dessus forme ce qu'on est convenu d'appeler de la nitro-glycérine.
Quand le mélange est opéré brusquement et sans précaution, il se produit une élévation de température bientôt suivie d'une de ces explosions après lesquelles on n'a qu'à tirer l'échelle (s'il en reste).
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Les choses se passèrent comme il était prévu.
Malgré le grand tralala du dîner de ce soir, la dame tint à accommoder sa salade elle-même. Alors le saladier fut réduit en miettes et la chicorée violemment projetée sur tous les assistants.
Malheureusement, l'accident ne se borna pas à ces quelques dégâts.
La vaisselle et la cristallerie crurent devoir se brusquement fragmenter, et aussi la table, ainsi que la figure et les membres de ces messieurs et dames.
Pendant ce temps, il y avait dans la cuisine deux personnes qui n'avaient jamais tant ri.

                                               Amours, délices et orgues.  1898.




12h07.  Explosion d'un éclat de rire
au Petit musée d'Alphonse.


20!!

Le Petit musée d'Alphonse ne vivant que de rares dons (et pourtant ce musée est digne d'un don (de la farce)), n'est riche que dans ses rimes. Aussi, fait-il, au 1er janvier, de véritables prodiges pour envelopper de rimes opulentes les modestes fleurs dont il a coutume d'accompagner ses voeux :


Souhait de Nouvel An

Puisse cette humble fleur, ce tendre cyclamen,
Conjurer les soucis d'un nouveau Cycle. - Amen !




Zygomatique année 20!! à vous.



RETOUR SUR IMAGES :
PHILIPPE MUYL CHEZ ALPHONSE.

Venu pour présenter son film La vache et le Président en 2001, le cinéaste Philippe Muyl entre chez Alphonse Allais et, garçon sensible, embrasse avec une "allaigresse émotion" le crâne de Voltaire enfant.



Un an plus tard, allaisienne coïncidence, Philippe Muyl écrit et réalise un conte moderne, drôle, tendre, irrévérencieux, grave, poétique : Le papillon. 
Un film véritable bain de fraîcheur. Joué par l'allaisien-pharmacien-intérimaire-du-Passocéan : Michel Serrault !



RETOUR SUR IMAGES. SEQUENCE 2.

Michel Serrault, pharmacien-intérimaire
chez les potards Allais.

Le vendredi 20 août  2004, Michel Serrault s'improvise 
"le pharmacien-intérimaire", au Passocéan, chez Alphonse Allais.
Aux clients surpris, il déclare "serraultement" :
- "Oui, oui, je suis bien Michel Serrault. Je remplace le pharmacien, parti "boire un coup" !  J'achève ce client, et je m'occupe de vous après ! "

Retour sur images, pour un instant de Vie drôle :




Quand vous n'avez rien à faire, si vous voulez carrément
rigoler comme une petite folle, allez vous installer pendant deux ou trois heures dans une pharmacie d'un quartier populeux.
Vous verrez là un défilé de types et de conversations, comme on n'en trouve pas ailleurs. Pour moi la boutique d'un potard, c'est mon Palais-Royal de jour.

                                        Alphonse Allais. Chez les potards. 14 janvier 1877.



*

Un instant dans la Vie drôle d'Alphonse.


Leur allaisienne et zygomatique  bonne-humeur illuminant avec éclats, les nombreux clairs-obscurs du Petit musée d'Alphonse, elles, ils, ont gravi en "allaisgreto rigolendo", les marches de l'escalier qui a mal tourné ...



Virginie Sanpaul, 2001 ième visiteur du Petit musée d'Alphonse.


L'orthophoniste Catherine Lesage et Laurent Tortolini (ou vice-versa).


Dimanche 8 août 2010.  La décoratrice-céramiste Eglantine Mathieu.



Jeudi 12 août 2010. Les New-Yorkais Bitak et Sebastien F.


*


POSTHUME SUR MESURE


LA MORT DE COCO

     Alphonse Allais a plusieurs fois mis en texte un perroquet dans ses contes et chroniques.
Ce 2 mars 1905, huit mois avant sa propre mort, Alphonse fait mourir son héros, Coco le perroquet.  Texte prémonitoire, chronique d'une mort annoncée ?
- Une bande d'affreux corbeaux le déchiquettent vivant, à grands coups de becs.

Accident ou mort volontaire ? "Les corbeaux" ne seraient-ils pas les créanciers d'Alphonse ou sa neurasthénie qui le ronge de plus en plus ?
Le perroquet était aussi comparé au fou du roi. (Similitude dans les couleurs du costume et des plumes) Le fou du roi, l'amuseur, le maître à penser.

Le 14 février, quinze jours avant la parution de cette nouvelle, Alphonse Allais pose aussi un point final pour l'un de ses personnages préférés  : Mr Bénévole Mansuet, ce garçon si sensible qui ne pouvait voir battre le beurre, frapper les bouteilles de champagne ....
Si l'on croit sa soeur Jeanne Leroy-Allais, on sait que le jeune Alphonse fut un enfant souffrant d'une forte sensibilité. Regardant une poussière volant dans un rayon de lumière, il dit :
- Dire qu'il y a peut-être des millions de souffrances dans cette petite chose. Plus tard quand je serai grand ...
Adulte, il s'efforça de faire croire à des millions de gens que la vie était drôle, en leur donnant l'arme absolue : l'humour.

En écrivant ce texte, Alphonse Allais a t-il le sentiment d'un échec personnel ?
Bénévole Mansuet, personnage de l'auteur ou l'auteur personnage de Bénévole Mansuet ?
- .... je m'enfonçai dans le brouillard. Je n'ai jamais eu l'idée de lui  reprocher, mais qu'il était froid, le brouillard de cette brave petite aube naissante.

Alphonse Allais est mort à 9 h 15, un matin d'automne froid et pluvieux.


Il faut souvent lire Alphonse Allais entre les lignes. D'ailleurs comme l'écrivait Sacha Guitry :

- Cela fatigue moins les yeux !


La mort de Coco


Dés son entrée dans ce qui allait lui servir de dorénavantielle demeure, tout de suite, Coco se sentit le coeur envahi d'une immense nostalgie, ses petits yeux ronds se voilèrent comme d'une taie de mort, et de long frissons secouèrent la polychromie magnifique de son ardent plumage.
Jamais le Brésil, son natal Brésil, ne lui avait paru loin, comme à cette minute-là ! On lui aurait demandé d'évaluer la distance qui séparait cette petite ville du nord de Rio-de-Janeiro, qu'il n'aurait, certes, point su fixer un chiffre même approximatif, mais n'empêche que c'était bigrement loin !
Pendant la traversée, le temps n'avait point, à Coco, semblé trop long : très gâté par le matelot son maître, gorgé d'un tas de bonnes graines et de fruits succulents embarqués du pays, Coco manifestait sa vive reconnaissance de toutes ces gentillesses par sa vive assiduité à l'étude de la blasphémologie française et maritime.
Les mauvais jours commencent dès le débarquement à Dunkerque, grand port marchand, dont Coco intarissablement huché sur l'épaule de son bambocheur de patron, n'est pas, hélas ! long à connaître les plus mal famés endroits.
Coco est sobre, Coco est chaste, et, précisément, les maisons d'où il ne sort, pour ainsi dire, pas, ne sont qu'estaminets et débauchoirs plus néfastes encore.
Puis, c'est la séparation.
Entièrement ruiné par tant de successives orgies, l'homme de mer en est réduit à bazarder son volatil compagnon.
A la vue du nouveau patron, la première impression de Coco n'est pas trop défavorable : un gros homme commun, d'aspect athlétique et de verbe jovial ; autant celui-là qu'un autre, quoique l'ère des forêts vierges semble, aux yeux du pauvre déraciné, irrévocablement close.
Mais devant la petite cage au sein de laquelle on tente de l'enfermer, Coco ne veut rien savoir, Coco piaille, Coco dévide à tue-tête tout son répertoire sacrilège, Coco hérisse ses ailes : en un mot, Coco n'est pas content. 
Son nouveau maître le calme du mieux qu'il peut, et c'est sur l'assurance formelle que la cage maudite enclora Coco durant les quelques seules heures de chemin de fer, après quoi le joyeux perchoir ! que Coco consent à intégrer sa prison de fil de fer...
- Où diable vais-je ? s'inquiète en lui-même Coco. Vers quels nouveaux parages me conduit mon aveugle destinée ?
Pas de veine, mon pauvre Coco !
Pas de veine ! Toi, qui as si fort pris en grippe les estaminets dunkerquois, c'est dans un estaminet , un affreux estaminet de sombre petite ville usinière que maintenant se déroulera ta vie d'exilé !
Ah ! oui, il est loin, ton vieux Brésil ! Tu peux le dire !
Heureusement que, sous des aspects parfois grincheux, ainsi que beaucoup de ses congénères, Coco jouit d'une robuste philosophie, et, comme il sait que l'oisiveté ne remédiera jamais à rien, il se met, sans tarder, au travail.
Au travail, c'est à dire à l'étude du vocabulaire qu'on ne va pas manquer de lui imposer.
Et puis, les réflexions des clients l'amusent souvent par leur grande stupidité.
- Il parle bien, patron, votre perroquet ? D'où vient-il ?
- Du Brésil.
- C'est drôle, il n'a pas l'accent.
Dans cet estaminet, il y a, à l'entrée, un comptoir qui fait des affaires d'or.
Aux heures d'entrée et de sortie de la grande manufacture voisine, c'est une cohue incroyable, et tout le monde émet la prétention d'être servi immédiatement, avant les autres.
Le patron a beau s'égosiller : 
- Chacun votre tour, citoyens ! Chacun votre tour !
Ah ! ben ouitche ! les ouvriers s'impatientent, menaçant d'aller boire ailleurs, si on n'est pas servi plus vite que ça.
- Chacun votre tour, citoyens ! Chacun votre tour !

Or, un jour - saura-t-on jamais quelle fantaisie traversa la cervelle de Coco ? - voilà M. Coco qui, sans crier gare, prend la clef des champs.
Toute la journée, on fit des battues par le village, dans les jardins, sur les toits des maisons !
Rien, nul Coco !
Le soir tombe, pas davantage de Coco !
On allait se coucher, en proie au plus vif découragement, quand un petit garçon accourt, annonçant qu'il vient de rencontrer le fugitif à un endroit qu'il désigne clairement.
On se précipite.
Trop tard, hélas !
Une bande d'affreux corbeaux, acharnée après le doux jaseur exotique, le déchiquettent vivant, à grands coups de becs.
Et dans l'horrible vacarme des sinistres croassements, on peut distinguer la voix éplorée de Coco:
- Chacun votre tour, citoyens ! Chacun votre tour !


                         Alphonse Allais. Le Journal, 2 mars 1905




Photo Jean-Yves Loriot (c) 2010.





UNE NOUVELLE STAR 
DANS LA COMETE DE ALLAIS !




LA RECEPTION DE PATRICK PREJEAN 
A L'ACADEMIE ALPHONSE ALLAIS

HONFLEUR. 
 UN PREMIER  MAI  DEUX MILLE DIX






En voiture Patrick ! clin d'oeil au livre d'Alain Créhange :
En peinture Simone !  Avec l'accompagnement musical
de Lionel et son orgue-non-barbare.

... pour le Petit Grenier à sel, dont les murs
sont toujours imprégnés du sel de l'esprit d'Alphonse.

Thierry Geffrotin, rédacteur en chef à Europe 1 saisit à deux mains
son enregistreur à son pour travailler un 1 mai.

11 H 02. Le Président Philippe Davis et Françoise David,
notre Ministre de la Culture-à-nous, ouvrent la Cérémonie

... devant un bien-assis parterre ému et amusé.


... et présente les Administrateurs
de l'Association des Amis d'Alphonse Allais, (l'A4)
faisant "allaisgeance" à notre Maître.

Philippe Davis rend un non-hommage,
simplement parce qu'il a le mérite d'exister ....

... au Président d'Honneur de l'A4, Pierre Arnaud de Chassy-Poulay,
(de basse cour), plus simplement appelé : P.A. de C.P

Le cadeau à P.A. de C.P :  Bettina .......

.... Croqueuse Officielle remet à Pierre Arnaud de Chassy-Poulay
son croqué-qui-ne-fait-pas-grise-mine !




Sous les applaudissements des Ministres et Ambassadeurs 
de la République de Montmartre.

Pierre Arnaud de Chassy-Poulay évoque la création de l'Académie
en 1954, pour le centenaire de la naissance du Maître
et la Joyeuseté Allaisienne dont il assura la mise en onde radiophonique

Pour satisfaire l'anglophilie d' Alphonse, P.A. de C.P.
imite l'effet de Manche de l'avocat Cawett (de Londres) en déclarant :
- To smile or not to smile, that is the answer !


La dédicace de Claude Turier à Monsieur P.A.de C.P.




DEUXIEME ACTE



Descendu des cintres ..

 Xavier Jaillard, parrain de Réception du nouvel Académicien, parait en vraie robe de fausse bure, costume de la pièce : Après l'incendie.

Une nouvelle star filante vers la Comète de Allais.


Le parrain de Réception " préjeante" Patrick à l'Académie ...

Devant les yeux allaisgrement émus de Françoise Chamoux (la maman de l'humoriste Camille Chamoux) et Liliane Préjean ....



Récompense :Patrick Préjean décerne à Xavier Jaillard " La Meulière 2010 " (Prix Molière au féminin)

Le Grand Chancelier Alain Casabona intronise Patrick Préjean


ENTRE ACTE (1)


Alain Casabona, Patrick Préjean, Michel Onfray et .... Woody Allen


(1)  Le Grand Chancelier de l’Académie, M. Alain Casabona, a offert à l’impétrant le récent ouvrage de M. Michel OnfrayLe Crépuscule d’une idole, avec, en dédicace, cette pensée de Woody Allen :

« If your analyst falls asleep, there is an infallible trick: gently open your billfold…” (*)

Le Grand Chancelier, paraphrasant Alphonse Allais, s’est fendu de ce commentaire :

L’abus du divan n’est pas un travers sain.

(*) Si votre psychanalyste s'endort devant vous, il y a un truc infaillible pour le réveiller: ouvrez doucement votre portefeuille.



FIN DE L'ENTRE ACTE



Claude Turier offre à Patrick Préjean son allaisien cadeau

Claude Turier et Liliane Préjean

Notre nouvel Académicien nous offre la lecture d'une chronique
de notre Maître,
texte superbement neurasthénique, tranche existentielle
émiettée d'une tendresse déchirante, authentique étendard bachique
de la comète Allais. (Patrice Delbourg)

"Absinthes"

- C'est bon, l'absinthe... pas la première gorgée, mais après.

- Garçon... une absinthe pure... Ayez donc pas peur d'en mettre...


Le cadeau de Claude Turier à notre Ministre de la Culture


Dédicace oblige pour...  Monsieur Molière


- Et c'est ainsi qu'Allais est grand !


RIDEAU
(Jusqu'à la prochaine fois)


Photos Jean-Yves Loriot
Illustrations Claude Turier
A3/A4 (c) 2010